Le jeune voyageur erre depuis bien des jours sur les terres infertiles du désert de
Mann. Il marche comme marchent les hommes qui n’ont plus rien à attendre de la vie. Quand l’homme prend conscience qu’il n’est qu’amas de chairs et de liquides variés. Quand ses yeux s’ouvrent
sur un abysse bien plus profond que ne peut percevoir sa pauvre cervelle. Un simple grain de matière dans l’infini du monde. Ainsi plus rien n’a de sens, car après tout à quoi bon ? Les
actes ont-il une signification si personne n’en est témoin ? Seul dans ce désert existe-il ? Personne ne peut lui certifier qu’il n’est pas mort. Personne depuis ce soir là ne peut
lui affirmer qu’il ne délire pas. Une seule chose est sur, il doute…
Pour comprendre, pour s’assurer qu’il est en vie il doit y retourner … La
source des choses le seul endroit où il ne s’est jamais senti chez lui. Alors il marche, il voulait contourner le désert, prendre par la forêt mais ses sens en ont décidé autrement. Après
tout que risque-t-il ? Si le désert le rejette, ça prouvera qu’il existe pour quelqu’un, ou quelque chose. Mais tout ce confirme, personne ne le voit. Le vide partout. Dans sa tête, plus
rien, dans son estomac, plus rien, dans ce désert, plus rien. Les heures avancent, le dévorent. Il tombe. Encore le vide.
Un autre monde s’ouvre, noir, l’obscurité cache tout. Les vapeurs de
l’inconscience ont cela de salutaire qu’elles ne laissent pas de place aux doutes. Elles sont une salvatrice rédemption pour les cœurs meurtris. Ce noir si rassurant, où des images parfois
s’animent et se figent au rythme des rêves, se mue en peur lorsque les yeux s’ouvrent. Quand les ombres nous recouvrent et font disparaitre nos corps, les choses que nous
percevons.
L’homme s’éveille de longues heures plus tard, les ténèbres lui dévorent le
corps. Il ne voit plus, pas même ses mains qu’il brandit pourtant devant lui. La teneur du sol à changé, il est glacé, humide, de la pierre sans doute. Il cri, il hurle, personne ne lui
répond, juste le vague écho de sa propre voix. Il peine à se remettre debout, ses jambes flagelles, il marche avec précaution dans cette terrifiante noirceur. Il heurte un mur, entreprend de
le longer, un coin et un autre mur, en angle droit semble-t-il. Les minutes passent, s’allongent, s’étendent en heures. Un bruit sourd retenti dans l’étrange geôle, ou à l’extérieur qui peut
savoir. Des bruits de pas, Quelque chose approche.
- Bonsoir.
- Qui êtes-vous ?
- Un ami qui ne désire pas se révéler, du moins pas
maintenant.
- Que me voulez-vous ?
- Vous avez peur et je le comprends aisément. Rassurez-vous, ça va aller.
Je sais qui vous êtes mon jeune ami et jamais je ne lèverais la main sur vous. Mais vous allez devoir me faire confiance. Cette conversation doit restez inscrite en vous profondément. Vous
existez, vous êtes promis à de grandes choses, alors ne gâchez pas tout. Le monde, vous savez, n’est pas aussi manichéen que vous le pensez. Les nuances quoique subtiles parfois existent
réellement...
- Tout ça ne m’intéresse pas, je veux juste comprendre !
- Vous en aurez le temps là où vous aller, et un jour une rencontre, un
simple échange de regard vous ouvrira les yeux… si je puis m’exprimer ainsi. L’inconnu émet alors un ricanement étrange.
Pardon cela fait tant d’année que je n’ai pas ri. Vous verrez bien, je sais
que ce que je vous dis n’a pas d’importance pour vous, mais n’oubliez rien, je sais que vous en êtes capable. Maintenant je vais vous reconduire aux portes de mon royaume, près de votre
destination. Soyez vigilant, et vous saurez faire les bon choix.
Une lumière intense illumine soudain la pièce. Le jeune homme se protège le
visage du revers de la main quand il sent une force le projeter avec célérité dans un tout autre environnement. Il chute bientôt sur le sol poussiéreux d’une large plaine. Devant lui les
hautes herbes des prairies de la cité lumineuse. « Encore quelques jours de marche » se dit-il avant de s’effondrer de nouveau, un sommeil profond l’emporte. Son esprit est
étrangement apaisé.
Quand les péripéties des hommes deviennent trop lourdes pour leurs épaules,
leur vieil encéphale transforme les mondes. Tout devient dérisoire. Les malheurs de la vie ne les accablent plus de la même façon. Les peur irrépressibles des dernières heures ont mué ses
doutes en tracas fugaces. L’homme n’est qu’un point dans l’univers, ses actions des gouttes dans l’océan de l’éternité.
De telles pensées ne traversent pas notre jeune compagnon qui se relève
péniblement le lendemain matin. Désormais son corps est transporté par une volonté implacable, la certitude que quoiqu’il arrive il atteindra son dérisoire objectif. Ses peurs se trouvent
là-bas, il ne peut perdre plus de temps, il doit les affronter. La lutte ne fait que commencer.