Dimanche 25 octobre 2009

C’est carré, ou pas, en volume : parallélépipède rectangle qu’ils disent ; dessus ou dedans y a des objets. Et ça castagne dans les étaux, ça mord, ça serre, joint, étreint son épiderme de bois. Et ça tape sur son dos, pauvre de lui, fourbu, il souffle à peine. Des lames le picotent et le saignent, ça fait des copeaux, des tire-bouchons de bois qui chatouillent, des lamelles d’acier qui lacèrent.


Et les odeurs, et la douleur, on s’égosille au dessus, on trépigne en dessous. Et parfois la sueur, quelques gouttes d’eau salé perlent au front de l’homme, congénère de chair, et viennent éclabousser l’échine souillé du vieil ami.


Et ca ronronne quand c’est fini, dans le noir, la nuit, l’établi se rétablit.

 

Par Zièph - Publié dans : Atelier
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Vendredi 6 février 2009


Je suis né chasseur ! je mourrai pas gibier !
C'est le credo des habitants de Mortagne. La chasse à ici, tout le monde la pratique. Mortagne est un petit village de campagne comme on en voit beaucoup, où deux corporations se côtoient dans une haine réciproque, les scieurs et les vignerons.

L'atmosphère est étouffante, cet univers en huis clos Martial ne le supporte plus, il part étudier la mécanique, et loin, histoire de bien faire chier tout le monde sans faire dans la dentelle. Et puis un jour il craque.

A l'origine Je mourrai pas gibier est un roman, un roman paru dans la collection doado noir des éditions du rouergue. L'idée était osée, reprendre l'œuvre de Guillaume Guéraud et l'adapter en bande dessinée. Elle était d'autant plus complexe que le texte est excellent.
Savoir rester fidèle tout en apportant l'essentiel : la puissance de l'écrit. Alfred réussi là un véritable tour de force. Il ajoute au texte une force narrative impressionnante, tout en ayant l'intelligence de garder intact la narration, ajoutant à la force des dessins, la puissance du verbe original.
Le roman malgré tout garde une puissance évocatrice que la bande dessinée ne peut atteindre, on cèdera une vision plus poétique aux dessins d'ALFRED à la violence des mots de Guéraud.

 

Je ne saurais trop vous conseiller la lecture assidue de cette œuvre aux allures de chef d'œuvre, sous quelque forme que ce soit, aussi bien romanesque que bédesque.

 

 

Je mourrai pas gibier - ALFRED | Delcourt - Collection Mirages

Je mourrai pas gibier - Guillaume Guéraud | Ed. du Rouergue - Collection  DoAdo. Noir

 

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Par Zièph - Publié dans : Bande Dessinée
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Jeudi 15 janvier 2009



Dingue, puissante, folle ! La nuit est une de ces BD qui vous retournent et dont on ne sort pas indemne. Elle une sorte d'allégorie de la mort, de notre cheminement jusqu'à l'acceptation. Versée par un grand Druillet cette œuvre est magistrale par le rythme qu'elle impose : le cœur se serre peu à peu jusqu'à lâcher à la dernière page.


« Au cœur de la ville morte, la nuit, la nuit seulement tout bougeait, mais au matin quand disparaissait la lune molle devenue folle, quand le jour terrible naissait tout retournait au tombeau... » Dans cette ville morte vivent deux espèces d'hommes, d'une part les tribus mort-vivantes zombiifiés par la drogue, de l'autre les polars qui détiennent le dépôt bleu, source de tout les shoots.


La nuit a été publiée pour la première fois en 1976, peu de temps après la mort de la femme de l'auteur. En préambule au texte il pousse un cri déchirant où il remet en cause les médecins et la société dans son ensemble.


Finalement l'histoire importe peu, seule la troublante qualité narrative de M. Druillet emporte le lecteur dans un dédale de sentiment. Le découpage grandiose et les graphismes typiquement Druillesque apportent un force incomparable à La nuit. Au travers son nihilisme salvateur et sa folie, cette bande dessinée d'exception reflète les errances et l'incompréhensible tache qu'est l'acceptation.


LA NUIT - Philippe Druillet  | Albin Michel
Par Zièph - Publié dans : Bande Dessinée
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Lundi 12 janvier 2009



Guillaume Guéraud nous a habitués aux textes courts, percutant, qui prennent aux tripes, aussi c'est avec une certaine excitation que j'entame "Le contour de toutes les peurs", titre au combien évocateur. Dès les premiers pages on ressent une tension sous-jacente particulièrement malsaine. Clément a 14 ans, Clément rentre chez lui après une journée au collège, il fait chaud. Il ne se doute pas qu'un homme est en train de ravager le bureau de sa mère, il ne se doute pas que l'horreur va entrer dans son esprit. L'homme en veut profondément à sa mère, avocate, en son absence il se rabat sur Clément. L'homme n'a plus rien à perdre, seul compte la vengeance, la vengeance aveugle. Tout s'enchaîne très vite, les coups, la douleur, la peur, la peur qui paralyse.


Comment reprendre le cours de sa vie quand l'homme qui vous a agressé se balade toujours en liberté ? Comment se ressaisir quand ses mots résonnent encore à vos oreilles ?


« Le contour de toutes les peurs » est ce genre de texte qui vous donnent des sueurs froides, que vous reposé essoufflé, presque tremblant. L'émotion est puissante, sourde, elle vous prend et vous relâche plusieurs dizaines de pages plus tard, perturbé, secoué, différent. Avec le Contour de toutes les peurs l'auteur nous offre du grand Guéraud, et bien que dans la collection doado Noir des éditions du Rouergue, ce texte n'est pas à mettre entre toutes les mains. A lire d'urgence !



Le contour de toutes les peurs - Guillaume Guéraud | Ed. du Rouergue - Collection  DoAdo. Noir
Par Zièph - Publié dans : Roman
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Mardi 6 janvier 2009
Un peu à l'image de la Métamorphose de Kafka, l'exercice consistait à plonger son personnage dans l'expérience de la métamorphose soudaine, au choix : Le chien de ferme, un steak dans un frigo, un soldat en guerre. J'ai choisi le soldat.

Atelier 4

Ca siffle tout d'un coup. Une odeur acre le prend à la gorge. Partout des gerbes brunes éclatent. De ci de-là des hommes tombes, les gerbes rougissent. Son crâne explose à chaque instant. Sa peau le brûle, ses os lui font mal, son bras hurle d'une douleur sourde. La mitrailleuse qu'il porte lui laboure le biceps. Il s'affale dans la boue. Le souffle court il cherche à comprend, ce qu'il fout là.

Anoé vit dans une petite ville dans le sud de Nekir. Hier encore avant de se coucher il a regardé le levé des lunes avec sa bien aimée. Le bonheur qu'il vit avec elle l'étonne chaque matin. Mais ce matin elle n'était pas là, il n'était pas dans son lit. Il s'est réveillé dans une plaine, harnaché comme un mulet avec entre les mains une arme à feu. Etrangement il s'avait s'en servir, pire il n'en fut qu'à peine étonné, lui qui n'a jamais tenu qu'une fourche comme arme.

Il pleur, l'esprit en proie à une totale incompréhension. Les bombardements on cessé, le sang peu à peu arrête de frapper ses tempes. Il reprend conscience, en sueur, sa femme tamponne son visage couvert de sueur. Le soleil est haut dans le ciel. Elle le regard anxieuse. « Ca va ? Tu es tombé comme ca sans un mot, et te voilà trempé et à bout de souffle.

- Je...je vais bien. »

Il se relève péniblement supporté par Shiléa, son bras lui fait toujours un mal de chien. Il soulève sa chemise, une large marque violette lui constelle le bras. Il ne comprend pas grand-chose. Il s'assoie avec difficulté sur le lit, et rapidement bercé par la voix de sa belle il s'endort.

Un hurlement le réveille, un hurlement rauque et puissant, un homme est à ses côtés. Un guerrier dans temps ancien, il est grand et large, ses cheveux sont courts et crasseux. Il porte à son flan gauche une épée de bâtarde immense. L'homme lui sourit des quelques dents qui lui reste. « T'inquiète bonhomme, ca fait trente ans que je guerroie à mes côté tu ne risques rien. »

Anoé ne répond rien, il s'observe maintenant, il porte une tunique de guerre un peu trop familière à son gout. Les épées courtes qu'il porte à sa ceinture porte les emblèmes de sa famille, lorsque celle-ci possédait des terres au nord de Nekir. Il sent une odeur de souffre, il tourne la tête. De gigantesques dragons tournoient dans le ciel, arrosant copieusement le camp ennemi à son grand soulagement. En face, un bon millier d'hommes trépigne, d'impatience ou de peur, c'est selon.

Les cornes retentissent, il se souvient, la bataille d'Ibrisza, son bisaïeule y a combattu. Cette bataille à une résonnance particulière dans ses souvenirs d'enfance, lorsqu'on lui narrait les exploits de l'ancêtre. Il sait où aller, où les troupes tourneront et où la mort s'abattra. Il plonge dans la mêlé avec une étrange confiance. Cette bataille n'est pas la sienne, cette vie n'es pas la sienne alors quel sont les risques ? Il frappe, il tourne sur lui-même exécute des techniques martiales qu'il ne connait pas.

Jamais il ne s'est battu avec qui que se soit mais il sait où frapper, il sait mieux que quiconque comment tuer. L'homme qui est à ses côtés lui cri quelques mots : plutôt pas mal le bizut, mais garde tes forces, il en reste derrière la colline. Tout cela il le sait, ils attendent derrière la colline avec des buffles de guerre. Le seul moyen de les avoir est de contourner. Mais personne ne sait pour les buffles.

Leur bataillon court à sa perte, affolé que son bisaïeule n'est pas encore entamé la manœuvre qui l'a rendu célèbre, il attrape un drapeau et fait signe à son escouade de contourner la passe, de prendre à revers. Personne ne le contredit, l'urgence est là, le combat fait rage. Quand le sang coule à flot l'homme ne pense plus il agit, quand la mort rôde, l'homme obéit à ses instincts à ses habitus acquis à force de répétition. Chacun le suit.




Par Zièph - Publié dans : Atelier
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Lundi 5 janvier 2009

Les Nains ! Un titre ô combien évocateur pour tout les aficionados de la fantasy, lorsqu'il parait chez Milady je dois avouer que j'ai un peu peur. Les Nains c'est un bon sujet, mais entre les mains d'un écrivaillon de bas étage ça peut vite se transformer en carnage, heureusement il n'en est rien ! Markus Heitz est déjà une star de la fantasy outre Rhin, le jeune Tungdil est presque plus connu là-bas que Gimli du seigneur des anneaux.

Markus Heitz réussi avec brio à mettre en place une histoire digne des grandes sagas de fantasy avec des Nains comme héros, enfin le peuple des montagnes prend de l'ampleur ! Ici les nains sont bien loin du faire valoir qu'ils sont habituellement.

Tungdil est né parmi les hommes, et fut élevé par Lot-Ionan un des 6 grands mages du pays sure. Rapidement il voit son monde s'effondrer, les orcs massacrent et envahissent le pays. Tungdil se retrouve confronté à un monde qu'il ne connaît que depuis ses livres. Il va vite être pris dans une quête qui le dépasse et à ses dépends devenir un des seuls espoirs du peuple nain et du pays sure.

La quête de Tungdil est archibasique, certes, mais le traitement, les personnages si caractéristiques rendent l'aventure plus que passionnante, on vibre, on ris et on pleure avec notre petite troupe. Malgré un premier tome très introductif, le second montre toute l'ampleur de l'écriture de Markus Heitz, auteur dont je vais m'attacher à suivre la carrière déjà impressionnante. En Allemagne 5 tome des Nains sont déjà sorti (Les deux premiers tomes, Le passage de pierre et Lame de feu, forme néanmoins une histoire complète.)... C'est avec hâte que j'attends la suite !


Pour les curieux ou les fans on murmure dans les milieux autorisés qu'une adaptation du roman serait en cours de tournage, j'ai peur ... mais sait-on jamais ;)
Par Zièph - Publié dans : Roman
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Lundi 1 décembre 2008

Le sujet du jour : Prendre un phrase courte "Il entra en souriant et lui tendit la main. " et la développer peu à peu pour en avoir une d'un demi feuillet .... j'ai tenté voici le résultat ... si ca vous tente envoyez moi votre essai  :p


Atelier 3


Il entra en souriant et lui tendit la main.


La nuit avait été longue, il avait patienté plusieurs heures avant de se décider, il entra en souriant, la salle était encore dans la pénombre mais il voyait clairement son interlocuteur, sans un bruit, il s'approcha et lui tendit la main, une main plus froide encore que le cadavre étendu sur le sol.


La nuit avait été longue pour le professeur, il avait patienté plusieurs heure avant de se décider à intervenir, à présenter ses réflexions, il entra tout de même en souriant, la salle était encore bercée par la pénombre de l'aube mais il voyait clairement le regard franc et intrigué de son interlocuteur, sans un bruit en à peine un murmure il s'approcha et lui tendit la main, une large main plus froide encore que le cadavre étendu sur le sol de la petite chambre de bonne.


Cette journée d'hivers lui avait paru sans fin, comme insensée, puis le soleil s'était couché et la nuit avait été démesurément plus longue pour le professeur, il avait patienté plusieurs heures avant de se décider à intervenir (méditant aux choses de la vie comme lui avait appris son amis Sun Han il y a bien des ans auparavant), il parviendrait enfin à présenter ses réflexions ; car ce qui se conçoit bien s'énonce clairement parait-il ; l'odeur était forte presque saisissante, il entra tout de même en souriant, la salle était encore bercée par la pénombre de l'aube mais il voyait clairement le regard franc et intrigué de son jeune interlocuteur, cela devait être sa première affaire, pauvre gosse, sale histoire pour une première enquête, sans un bruit en à peine un murmure il s'approcha de l'inspecteur jusqu'à lire son nom sur son badge : Barto, et toujours sans un mot il lui tendit une main plus froide encore que le cadavre étendu inerte sur le sol de la petite chambre de bonne, un large main comme les ont les bateliers, et comme pour répondre à une question tacite il se présenta : je m'appelle Antoine, j'ai pas vraiment d'état de service, j'suis sur que vous en aurez rien a foutre mais pense pouvoir vous aider à retrouver le type qui a mis la gamine sur le carreau, ca fait deux jours que je le filoche pour une cliente, rien de vraiment formel, j'fais ca en free lance, c'est comme qui dirait pour les fin de mois, enfin au risque de pas plaire j'dirais que c'est pas un homme qu'a fait ca, un démon pour sur, sale histoire...


Par Zièph - Publié dans : Atelier
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Jeudi 27 novembre 2008



Très étrange et très particulier, c'est les premières pensées qui surgissent après la lecture de cette œuvre. Nicolas de Crécy nous plonge dans un désert gelé. Il nous plonge au cœur d'une curieuse expédition où un historien arbore un écusson de l'OM, où un chien aux allures de cochon parle aux autres membres de l'équipe comme si de rien, en un mot où rien d'est vraiment normale. Rapidement les choses se mettent en place : l'expédition recherche des traces de civilisation, le désert gelé n'est autre que Paris. Peu à peu des morceaux du Louvre émergent de dessous la glace. L'expédition prend alors un tour curieux, les allégations déjà distillées finement au file de la BD se renforcent, on s'aperçoit que ces hommes là ne connaissent rien de ce que fut le monde, de ce que nous fûmes. La suite n'est pas à raconter, seulement tout devient très étrange, l'auteur nous plonge dans une sorte de rêverie onirique plus que curieuse et passionnante...




Au travers de cette bande dessinée, première d'une commande du Louvre aux éditions Futuropolis, Nicolas de Crécy nous montre un Paris probable où la glace a envahi Paris, il utilise les explorateurs pour porter un œil neuf sur notre société. Ce regard naïf et ignorant met en exergue les futilités de notre monde avec beaucoup d'humour.


Le dessin, sans être magnifique, est efficace, les couleurs s'allient parfaitement avec les œuvres originales des couloirs du Louvre. C'est aussi ce mélange d'œuvres et de dessins qui ajoute une originalité intéressante à cette bande dessinée. Sans être exceptionnelle, Période Glacière est une œuvre incontournable, à bien des points de vu.

Par Zièph - Publié dans : Bande Dessinée
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Vendredi 21 novembre 2008



"Tu as remarqué que les défauts rendent les choses plus intéressantes ?" Polo s'interroge, Polo est un adolescent banal, Polo s'ennui. C'est les vacances, il est seul dans son petit village de campagne puis il rencontre Sophie, une fille étonnante, tout de noir vétu, Sophie est fascinée par les loups-garous. L'histoire commence ainsi, deux adolescents livrés à eux même, un jeune du village qui a disparut et un sofa. Ce sofa sur lequel Polo et Sophie regardent la télé, ou plus... Une histoire d'amour adolescente, une histoire de passage à l'âge adulte...


Tony Sandoval nous offre ici une vision onirique, macabre et poétique de l'adolescence. Les univers graphiques s'alternent et s'entremêlent, confondant les rêves et les réalités. La prouesse de l'auteur est de nous transmettre l'indéfinissable : les sentiments, les émotions. A l'aide de fabuleuses images il parvient à nous conter une histoire, simple d'apparence mais emplie d'implicite. Et derrière un dessin parfois subtilement épuré, il touche.


Le cadavre et le Sofa ne plaira vraisemblablement pas à tout le monde, à cause d'un univers personnel trop sombre, mais si vous n'avez pas froid aux yeux le résultat est là, cette bande dessinée est véritable bijou.


Au passage le site de Tony Sandoval sur deviantart

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Par Zièph - Publié dans : Bande Dessinée
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Mercredi 5 novembre 2008
Nouvel atelier nouvel exercice, travail plus long : écrire un récit en alternant les passages narratifs et les passages reflexifs, un jeu intellectuel plutôt interessant et difficile qui m'a apporté beaucoup de satisfaction ...

Atelier 2

    Le jeune voyageur erre depuis bien des jours sur les terres infertiles du désert de Mann. Il marche comme marchent les hommes qui n’ont plus rien à attendre de la vie. Quand l’homme prend conscience qu’il n’est qu’amas de chairs et de liquides variés. Quand ses yeux s’ouvrent sur un abysse bien plus profond que ne peut percevoir sa pauvre cervelle. Un simple grain de matière dans l’infini du monde. Ainsi plus rien n’a de sens, car après tout à quoi bon ? Les actes ont-il une signification si personne n’en est témoin ? Seul dans ce désert existe-il ? Personne ne peut lui certifier qu’il n’est pas mort. Personne depuis ce soir là ne peut lui affirmer qu’il ne délire pas. Une seule chose est sur, il doute…

     Pour comprendre, pour s’assurer qu’il est en vie il doit y retourner … La source des choses le seul endroit où il ne s’est jamais senti chez lui. Alors il marche, il voulait contourner le désert, prendre par la forêt mais ses sens en ont décidé autrement. Après tout que risque-t-il ? Si le désert le rejette, ça prouvera qu’il existe pour quelqu’un, ou quelque chose. Mais tout ce confirme, personne ne le voit. Le vide partout. Dans sa tête, plus rien, dans son estomac, plus rien, dans ce désert, plus rien. Les heures avancent, le dévorent. Il tombe. Encore le vide.

     Un autre monde s’ouvre, noir, l’obscurité cache tout. Les vapeurs de l’inconscience ont cela de salutaire qu’elles ne laissent pas de place aux doutes. Elles sont une salvatrice rédemption pour les cœurs meurtris. Ce noir si rassurant, où des images parfois s’animent et se figent au rythme des rêves, se mue en peur lorsque les yeux s’ouvrent. Quand les ombres nous recouvrent et font disparaitre nos corps, les choses que nous percevons.

     L’homme s’éveille de longues heures plus tard, les ténèbres lui dévorent le corps. Il ne voit plus, pas même ses mains qu’il brandit pourtant devant lui. La teneur du sol à changé, il est glacé, humide, de la pierre sans doute. Il cri, il hurle, personne ne lui répond, juste le vague écho de sa propre voix. Il peine à se remettre debout, ses jambes flagelles, il marche avec précaution dans cette terrifiante noirceur. Il heurte un mur, entreprend de le longer, un coin et un autre mur, en angle droit semble-t-il. Les minutes passent, s’allongent, s’étendent en heures. Un bruit sourd retenti dans l’étrange geôle, ou à l’extérieur qui peut savoir. Des bruits de pas, Quelque chose approche.

     - Bonsoir.

     - Qui êtes-vous ?

     - Un ami qui ne désire pas se révéler, du moins pas maintenant.

     - Que me voulez-vous ?

     - Vous avez peur et je le comprends aisément. Rassurez-vous, ça va aller. Je sais qui vous êtes mon jeune ami et jamais je ne lèverais la main sur vous. Mais vous allez devoir me faire confiance. Cette conversation doit restez inscrite en vous profondément. Vous existez, vous êtes promis à de grandes choses, alors ne gâchez pas tout. Le monde, vous savez, n’est pas aussi manichéen que vous le pensez. Les nuances quoique subtiles parfois existent réellement...

     - Tout ça ne m’intéresse pas, je veux juste comprendre !

     - Vous en aurez le temps là où vous aller, et un jour une rencontre, un simple échange de regard vous ouvrira les yeux… si je puis m’exprimer ainsi. L’inconnu émet alors un ricanement étrange.

     Pardon cela fait tant d’année que je n’ai pas ri. Vous verrez bien, je sais que ce que je vous dis n’a pas d’importance pour vous, mais n’oubliez rien, je sais que vous en êtes capable. Maintenant je vais vous reconduire aux portes de mon royaume, près de votre destination. Soyez vigilant, et vous saurez faire les bon choix. 

     Une lumière intense illumine soudain la pièce. Le jeune homme se protège le visage du revers de la main quand il sent une force le projeter avec célérité dans un tout autre environnement. Il chute bientôt sur le sol poussiéreux d’une large plaine. Devant lui les hautes herbes des prairies de la cité lumineuse. « Encore quelques jours de marche » se dit-il avant de s’effondrer de nouveau, un sommeil profond l’emporte. Son esprit est étrangement apaisé.

     Quand les péripéties des hommes deviennent trop lourdes pour leurs épaules, leur vieil encéphale transforme les mondes. Tout devient dérisoire. Les malheurs de la vie ne les accablent plus de la même façon. Les peur irrépressibles des dernières heures ont mué ses doutes en tracas fugaces. L’homme n’est qu’un point dans l’univers, ses actions des gouttes dans l’océan de l’éternité.

     De telles pensées ne traversent pas notre jeune compagnon qui se relève péniblement le lendemain matin. Désormais son corps est transporté par une volonté implacable, la certitude que quoiqu’il arrive il atteindra son dérisoire objectif. Ses peurs se trouvent là-bas, il ne peut perdre plus de temps, il doit les affronter. La lutte ne fait que commencer.

Par Zièph - Publié dans : Atelier
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Profil

  • : Zièph
  • zieph
  • : Homme
  • : 13/03/1985
  • : Je suis passionné de littérature et je griffonne à l'occasion. Griffonner est le bon terme vu que je dessine presque autant que j'écris... J'aime la littérature sous toutes ses formes et j'ai envie de vous faire partager ma passion !

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